Et encore !·Vie au Maroc, Vie d'Expat

Casablanca : chronique d’un confinement en famille, la suite

Vendredi 3 avril

Pour ma sortie hebdomadaire, j’ai plusieurs arrêts sur ma liste : courses alimentaires, distributeur et…caviste ! J’ai une envie de rhum arrangé. Et comme bientôt les magasins qui vendent de l’alcool seront fermés car le mois sacré du ramadan approche (d’ici 3 semaines), c’est maintenant…ou pas du tout !

Pas grand monde au volant, la circulation est ultra fluide, des livreurs surtout. Car oui, certaines entreprises alimentaires se mettent à livrer plutôt que d’être fermées. J’assiste donc à un ballet de livreurs à la caisse qui leur est désormais réservée, au supermarché.

Je réfléchis à des menus. Hormis, quand je devais assurer jusqu’à 3 services pour le diner en France, les soirs où les enfants avaient karaté, je n’ai jamais eu de routine culinaire du style le lundi c’est ravioli, comme dans le film « La vie est un long fleuve tranquille ».

Je n’en ai pas plus ici. A tort ? Car ici difficile de dire : « au menu, une salade de tomates et du jambon et hop c’est prêt ». Parce que trouver du jambon hein ici ben ce n’est déjà pas partout et alors actuellement…

Passer 2 heures de temps en temps en cuisine pour préparer un bon repas, est un plaisir. Quand c’est quotidien, midi et soir, il n’y a plus de plaisir, en tout cas pour moi.

Samedi 4 avril

Avez-vous déjà testé une séance d’orthodontie par whatsapp interposé ? C’est ici et maintenant. Sur les instructions de la praticienne, nous prenons des photos des dents de Loulou, « vue d’avion », vue de face etc. Son retour est encourageant : « bonne évolution, c’est super » ! Car les dents de Loulou sont un challenge ! Avant le confinement, nous avions un rendez-vous hebdomadaire.

Mardi 7 avril

Pour toute sortie extérieure, le port du masque est désormais obligatoire. Le prix est fixe de façon à ce que tout le monde puisse s’en procurer.

Depuis que la mesure est annoncée, la question est : où trouver des masques ?

Coup de chance, il y en avait vendredi au supermarché et sur une impulsion, j’en ai acheté un paquet de 100. A raison d’une sortie hebdomadaire pour l’Homme et moi, on a de quoi tenir… un certain temps !

Pour la première fois, l’entreprise de l’Homme a posé à ses collaborateurs, la question d’un éventuel rapatriement. Hors Maroc, la société a déjà rapatrié tous ses salariés. Sans se concerter, tous les concernés ont répondu, que dans l’immédiat, la situation ne l’exigeait pas.

C’est quand même bien de savoir qu’on se soucie de nous et que le cas échéant, nous aurons de l’aide.

Au niveau des autorités françaises, le consul, dans un seul et unique courriel à ce jour, nous a enjoint uniquement de respecter les recommandations des autorités locales et de contacter le consulat en cas d’urgence médicale.

5 000 camping-cars environ seraient toujours bloqués au Maroc, sauf erreur à ce jour. Deux ferrys ont été affrétés pour évacuer jusqu’à Sète, ces véhicules. Ces bateaux ne sont accessibles ni aux piétons, ni aux voitures. Deux avions ont aussi été affrétés depuis Marrakech, pour des voyageurs français.

Le continent nord américain et plus particulièrement les Etats Unis, voit la vague de contagion s’abattre de façon tout aussi dramatique sur la population. En quelques jours, les USA enregistrent des records mondiaux de décès.

Le Maroc a franchi la barre des 100 décès provoqués officiellement par le covid 19.

Dimanche 12 avril

Bien que nous soyons athées, c’est Pâques aujourd’hui et donc dans notre famille, le moment de la traditionnelle chasse aux œufs. Sans Fils Aîné, une première.

D’habitude, chacun des enfants a un œuf en chocolat au lait à son nom. Cette année, cela ne sera pas possible. Au magasin, j’ai réussi à trouver des restes de décoration de Noël, en chocolat, qui feront l’affaire pour la chasse aux œufs. J’ai aussi commandé deux œufs en chocolat au lait qui ont été livrés hier.

Malgré quelques gouttes de pluie, Queen M et Loulou sont enthousiastes pour dénicher les trésors en chocolat enfouis dans le jardin. Loulou ravi, me dit que c’est là, sa meilleure journée de confinement.

Lundi 13 avril

C’est jour férié pour les enfants mais pas pour l’Homme. Fils Aîné est en vacances cette semaine. Il aurait pu être avec nous.

Une nouvelle semaine de confinement débute. Les jours se suivent…et se ressemblent.

Un mois que je suis confinée pour ma part. J’ai lavé tout ce qui peut passer en machine à laver, dans la maison : tapis, coussins, oreillers, couettes.

J’écris sur le blog, je collabore à des articles, je lis, je regarde des séries. J’élabore mais très lentement un site internet pour Casa Bénévolat.

Je ne me projette pas.

Il se murmure que l’Espagne resterait fermée pour la période estivale, tout comme les frontières de l’espace Schengen. Nous vivons hors de cet espace.

Tiendrais-je si longtemps sans revoir mes proches et surtout mon fils qui se retrouve cette fois, vraiment seul, puisque sa copine est de retour chez ses parents, au moins jusqu’à la fin du confinement ?

A 19 heures, soit 20 heures en France, nous suivons l’allocution du Président de la République. Le confinement se poursuit jusqu’au 11 mai, l’école reprendra progressivement à compter de cette date sauf pour l’enseignement supérieur. Les frontières restent fermées.

Je pleure.

Dimanche 19 avril

En raison du mois sacré du ramadan qui va démarrer cette semaine, nous avons changé d’heure cette nuit et ce jusqu’au 31 mai. Désormais 2h de décalage avec la France.

Cette année, pas de casse-tête avec les horaires d’avion et de train puisqu’il n’y en a plus ! Positivons !

Sans surprise, nous avons appris hier, en fin de journée, que le confinement est prolongé au Maroc, jusqu’au 20 mai prochain.

Les vacances scolaires ont débuté pour deux semaines. »hé les enfants… Si cette année, on restait à la maison, pour les vacances ?

Lundi 20 avril

Mon ancien Boss n’est plus. La maladie vient de l’emporter en quelques semaines. A 68 ans. Dur.

Au cours de ma vie professionnelle, rares sont les personnes qui ont conservé leurs qualités humaines tout au long de leurs parcours. Il était l’une de celles-là.

Quand je suis arrivée au début 2007 dans cette filiale qu’il dirigeait, il n’y avait que peu de mouvement du personnel dans la structure. Et pour cause, il y faisait bon vivre ! Il avait coutume de dire que, pour faire fonctionner la machine, chaque service et donc chaque collaborateur était nécessaire.

Quand il y avait un point à régler, il n’était pas inaccessible. Plusieurs fois, je me suis retrouvée en bas de l’immeuble en sa compagnie, à lui exposer mon sujet pendant qu’il fumait sa cigarette.

Pour ma part, je l’ai convaincu de participer à notre cagnotte collective de jeux de hasard. Comme il n’avait jamais joué à Euromillions, il a fini par m’accompagner afin de nous faire bénéficier de « sa main innocente ». Nous n’avons pas gagné. Mais il continuait de participer à la cagnotte !

Lorsqu’il a annoncé son départ en retraite, pendant des semaines, nous avons préparé sa fête d’au revoir. Il y avait une chorale avec des répétitions en cachette, une chanson aux paroles adaptées, qui faisait référence à son idole, Bruce Springsteen. Nous avons même réalisé un film vidéo de ces moments, film diffusé le soir de la fête de départ.

Le jour J, surprise ! Son bureau a été transformé en plage. Rien ne manquait : ni le transat, ni le sable. Dans les couloirs, du scotch au sol évoquait une piste cyclable, le cyclisme étant sa passion.

Chaque collaborateur arborait un bandana, comme le Boss. Chacun, chacune avait à portée de main le texte de la chanson qu’il connaissait par cœur. Ce soir là, il a partagé certaines de ses photos de famille, du temps « où il avait encore des cheveux ».

Je n’ai jamais revu de départ pareil. Bien sûr, il est resté en contact avec certains « anciens ». Une partie d’entre eux a encore déjeuné avec lui, il n’y a pas si longtemps. Puis tout s’est enchainé.

Je me souviens encore du début des paroles de SA chanson : « You are the Boss, we are your team ».

Aujourd’hui, le Boss n’est plus. Mais pour toujours, dans nos cœurs, nous restons son équipe.

Adieu Hervé !

Mercredi 22 avril

Je fais un gâteau. Mais ce n’est pas pour moi, ni pour la tribu. Je pâtisse pour la bonne cause. En fin de matinée, après remise au point de rencontre, ce gâteau parmi d’autres, sera déposé dans un hôpital et offert aux personnels. Un peu de douceur pour apporter du soutien et dire « merci ».

Cette action n’est qu’un exemple parmi d’autres. Au Maroc, comme ailleurs, des individus, confinés eux aussi, agissent. Et cela fait du bien. Que ce soit pour venir en aide aux plus fragiles, aux plus démunis, aux personnes qui n’ont plus d’emploi ou même des trucs et astuces pour le quotidien, je suis admirative de cette créativité.

Que ce soit ludique, culturel, amusant, divertissant ou informatif; que ce soit à destination des adultes, des jeunes, des personnes âgées, des enfants voir de tous, le partage est de mise et de surcroît gratuit et donc accessible à tout un chacun selon ses goûts.

Parmi le choix infini, voici par exemple, une vidéo de Jean-Christophe Portes, https://youtu.be/G1pptWNzm9A. J’adore !

Ce matin, dans la presse, je relève que depuis le confinement, un français sur 3 ne procède pas à une toilette complète quotidienne. Et que les hommes sont plus concernés que les femmes !

Du coup, je me remémore ce commentaire de la mère de famille anglaise quelques jours après mon arrivée comme jeune fille au pair : « pour une française, tu sens bon ! » Devant mon air étonné, elle m’avait alors expliqué que les « froggies » avaient la réputation de ne pas se laver !

Trois décennies plus tard, ce serait donc toujours d’actualité ? Beurk ! Vive la distanciation sociale !

De son côté, l’Homme s’active. Muni de son attestation professionnelle, il s’apprête à se rendre à son bureau, désert depuis le 16 mars.

Il rassemble quelques affaires et parle tout seul. Je le regarde.

Promis, si l’orchidée répond, je contacte un psy !

4 commentaires sur “Casablanca : chronique d’un confinement en famille, la suite

  1. je ne me lasse jamais de tes chroniques qui en plus d’être bien écrites, sont souvent pétillantes et pleines de tendresse.
    C’est en te lisant que j’ai appris hélas que Hervé Pougin n’était plus. Je l’ai peu connu mais les quelques moments que que j’ai eu l’occasion de partager avec lui (à la cigarette) ont toujours été très agréables. Beaucoup d’humanité et parti bien trop tôt.

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  2. Très belle chronique, c’est bien aussi de suivre le quotidien des français hors France et Italie. On vous souhaite plein de courage à vous aussi en cette période pour le moins trouble et incertaine. Et surtout, que toute ta petite famille reste en bonne santé !
    Baci da Torino
    Amélie & Laura

    Aimé par 1 personne

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