Et encore !·Vie au Maroc, Vie d'Expat

Ce que vivre au Maroc m’a appris

« Ce que vivre à l’étranger m’a appris », tel est le thème du mois proposé par Pauline sur le groupe Blogueurs Expats Francophones.

Il s’agit de ma première participation sur ce groupe.

Hors une expérience de « fille au pair » de 3 mois, en Angleterre, j’ai toujours vécu en France. Sauf depuis presque 4 ans.

Suite à une opportunité professionnelle de l’Homme, toute la famille a embarqué pour une expatriation au Maroc, à Casablanca.

Notre famille c’est deux adultes et trois enfants de 16, 14 et 11 ans au moment du départ.

Quatre mois se sont écoulés entre la proposition et l’installation, vacances d’été inclues. C’est dire si le changement de vie a été rapide et pas forcément au goût de tous, ainsi que nous le faisait bien comprendre Queen M alors.

Vivre à l’étranger c’est s’adapter !

Au Maroc, il n’y a pas de barrière de la langue. Le français est très courant et répandu. Bien sûr, il peut arriver, par endroits, que votre interlocuteur ne parle que darija mais avec des gestes et des sourires, même masqués, on finit tout de même par se comprendre.

Aussi, le « vous » de politesse n’existe pas. Dès lors, il ne faut s’offusquer de s’entendre dire « Madame, tu…. ». Personnellement si je vouvoie mon interlocuteur, cela m’amuse toujours beaucoup d’entendre le « madame tu ».

Vivre au Maroc m’a appris à m’adapter à un autre mode de vie, à d’autres us et coutumes.

Cela est particulièrement vrai pour le « non ». Culturellement, il est très difficile à un marocain de refuser une demande. C’est pourquoi, même si cela n’est pas possible, il va répondre « oui ». Aussi, désormais, je prends les devants et j’explique que je suis française et que je peux tout à fait entendre un « non ». En général, cela fonctionne et me permet d’avoir la réponse réelle et non celle que j’ai envie d’entendre.

Au Maroc, la conversation s’engage facilement. Et commence toujours par un échange de formules de politesse : bonjour ça va ? Et la famille, et les enfants ? Ah tu es française ? Ah tu vis à Casablanca ? Et tu es contente ? »

Et ce et même si elle est posée par un policier lors d’un contrôle ! Le « bonjour, comment vas-tu ? » est une question réelle et sincère. Il m’est même arrivée de rester un moment à un point de contrôle à l’aéroport juste parce que mon interlocuteur voulait connaitre mon ressenti de son pays !

Ici, le temps n’a pas non plus la même échelle. Les horaires peuvent être fluctuants. Le plombier devait venir à 9h30. A 10h il n’est pas là. Quand tu appelles pour lui rappeler que vous aviez rendez-vous, il te répond qu’il arrive.

Vivre au Maroc c’est aussi apprendre à prendre le temps ! Et quand on vient de région parisienne où on court tout le temps, c’est un gros challenge. Moi qui suis plutôt énergique, je continue de m’adapter ! Bon ce n’est pas encore totalement gagné, je l’avoue !

Mon pays d’origine

Vivre au Maroc m’a appris que j’étais attachée à mon pays d’origine et à ses valeurs.

Certes, nous avons toujours été conscients du sésame offert par un passeport français qui permet de voyager dans un grand nombre de pays sans visa ou autre formalité. Ici, pour un très grand nombre de destinations dont l’Europe, le voyageur marocain doit très souvent obtenir un visa. Le parcours administratif est long et pas toujours simple avec fournitures de bulletins de salaire, copie du solde bancaire des réservations d’hôtels, billets d’avion…

Evidemment, le bon pain, le fromage ou la charcuterie me manquent ! Et encore à Casablanca, on trouve ces denrées même si c’est très cher.

Mais en réalité, le manque vient davantage d’une façon de penser, de s’exprimer, d’être, de vivre, quelque chose de diffus. Quand je reviens en France, je suis chez moi.

Bon, j’y retrouve aussi ce trait de caractère assez insupportable en réalité mais que j’ai aussi : le français râle et tout le temps ! Je le  vois d’autant mieux maintenant que je vis hors hexagone : le français n’est jamais content.

La situation actuelle face à covid 19 en est une illustration parfaite. Par exemple, quand il n’avait droit de se promener qu’à un kilomètre autour de son domicile, le français a râlé. Aujourd’hui, il a 10 kilomètres sans limité de durée, il râle encore !

Idem pour les horaires de couvre-feu ! 18h, 19h, 20h, peu importe, il râle ! En réalité, quelque soit le sujet, le français trouvera matière à râler !

A Casablanca, on est sous couvre-feu depuis septembre dernier. Pour la seconde fois, le Maroc a fermé ses frontières avec la France notamment, à minima jusqu’au 21 mai.

Cette fermeture m’est difficile à vivre. Fils Aîné est seul en France loin de la famille et je n’ai pas vu ma famille proche depuis l’été dernier. Cela commence à faire long.

Restreindre la liberté d’aller et venir à laquelle je suis très attachée est difficile à accepter, surtout quand cela dure. Je n’y arrive pas. Je suis française. Alors, je râle ! Mais globalement un peu moins depuis que je vis au Maroc tout de même.

Vivre au Maroc m’a appris à oser

C’est sans doute la chose la plus importante que j’ai apprise ces quatre dernières années : OSER.

Après avoir couru pendant plusieurs décennies entre activité professionnelle, trois enfants à élever, les tâches domestiques, les transports etc, je me suis retrouvée pour la première fois de ma vie, au Maroc, à avoir du temps.

Du temps pour moi, du temps pour me réinventer.

Alors j’ai :

  • osé me lancer dans la création d’un blog, sujet totalement inconnu !

Et je me suis prise au jeu car j’aime écrire.

  • osé me lancer enfin dans le bénévolat.

Le dernier projet auquel je participe vient d’être inauguré cette semaine et je suis ravie. Il s’agit de la création d’une médiathèque au sein d’un collège public marocain dont les élèves sont issus de la médina de Casablanca.

  • osé créer une plateforme, Casa Bénévolat qui met en lien les associations et les bénévoles à Casablanca, plateforme que je gère seule depuis plus de 18 mois.   J’ai créé un site dédié aussi.

Et surtout, je rencontre des personnes magnifiques.

Toutes mes initiatives depuis 4 ans n’ont pas été couronnées de succès. Au contraire, j’ai connu davantage d’échecs que de réussites !

Par exemple, j’ai écrit un premier article pour un webzine très connu au Maroc. Mon article venait d’être quasi validé quand les fondatrices ont décidé de mettre sur « pause » le webzine. Il y est toujours aujourd’hui !

Avec un couple de copains, nous nous sommes lancés dans la création d’un très beau site de voyages. Mais le couple s’est séparé alors adieu le site.

J’ai, aussi, été, pendant un an, coach voyages pour une toute nouvelle plateforme. Bilan : beaucoup d’énergie et de temps dépensés sur la destination Maroc pour hélas une visibilité nulle et aucun client payant. Au bout d’un an, j’ai mis fin à la collaboration.

Mais peu importe en réalité, le résultat. Je suis extrêmement fière de toutes ces expériences. Ce qui compte est d’avoir essayé, d’avoir tenté, d’avoir osé !

Je me suis affranchie de mes craintes de mes doutes, de mes inquiétudes, de mes barrières conscientes ou non. J’ai acquis davantage de confiance en moi.

Et quel plus beau cadeau à soi !

Pour toutes ces raisons, vivre au Maroc constitue une formidable expérience enrichissante. Même si l’aventure touche à sa fin bientôt, le Maroc a, à jamais, une place particulière dans mon cœur.