Et encore !·Vie au Maroc, Vie d'Expat

Le temps du retour en France

L’autre jour, c’était mon anniversaire. Et le jour précédent, c’était la fête des mères. Aussi, la tribu en a profité pour coupler les évènements et me concocter une jolie surprise, un retour dans un bel endroit.

J’ai donc eu un puzzle maison visant à me faire découvrir mon cadeau, puis 30 minutes pour préparer mon sac avant de prendre la direction d’une parenthèse enchantée

Et effectivement, nous avons encore aimé, même si le soleil est resté en partie, caché.

Une longue plage de sable, quasi déserte, propre, une belle piscine, un personnel souriant, des lits confortables, bref un très agréable moment.

 

Et puis c’est sans doute la dernière fois avant longtemps que nous y séjournons.

Car après 4 années au Maroc, l’heure du retour a sonné.

Retour en France

Cette dernière année était l’ultime année de ma disponibilité. A l’issue deux options : soit je reprends mon activité professionnelle, soit je démissionne.

Frontières

La pandémie a redistribué les cartes en ce qui me concerne. Car, pour la deuxième fois en l’espace d’un an, le Maroc a fermé ses frontières avec une cinquantaine de pays dont la France.

Et j’ai beaucoup de mal avec cette décision qui me tient loin de Fils Aîné, de mes parents, de ma famille, de mes proches.

La fermeture annoncée jusqu’au 21 mai a été prorogée pour l’instant, jusqu’au 10 juin prochain. Au moment où j’écris ces lignes, il n’y a aucune autre information, uniquement des rumeurs.

Des mesures d’allègement entrent en vigueur. Annoncées la veille au soir, comme d’habitude, elles concernent la réouverture des mosquées, des cinémas, musées, piscines, plages etc et autorisent les réunions de 50 personnes en intérieur et de 100 à l’extérieur. Le couvre-feu demeure à 23h.

Il s’agit d’une bonne nouvelle et j’espère que les frontières vont suivre !

Après réflexion donc, nous avons pris la décision de conserver mon emploi et donc de rentrer. Je réintègre la même structure, dans une fonction occupée précédemment, à compter du 2 août prochain.

Famille

L’Homme conserve son poste actuel et reviendra avec le déménagement une fois le quitus fiscal nécessaire à la sortie du Royaume, en poche.

Fils Aîné vient de terminer avec succès sa deuxième année en école d’ingénieur. Nous avons inscrit Loulou, pour la rentrée prochaine, à notre retour, dans un lycée international à proximité de notre domicile.

Queen M va, à son tour, bac en poche, quitter le nid familial pour ses études supérieures. Pas de retour en France pour elle, elle a choisi d’étudier au Royaume-Uni. Pour une ado qui n’hésitait pas à scander que l’expatriation, c’était nul ! Voilà qu’elle démarre une nouvelle expatriation, dans un nouveau pays. Ah ah ah !

Notre pari est réussi. L’ouverture « monde » souhaitée pour nos enfants, est acquise. Que ce soit la plus réticente à notre projet en 2017, qui se lance aujourd’hui, en premier, ne manque pas de sel !

Qu’en est -il de mes activités à Casablanca ?

Cette dernière année scolaire, j’étais le taxi de mes ado. Avec des emplois du temps qui changeaient sans cesse, entre distanciel et semaine A et B, l’année n’a vraiment pas été simple ! Aussi, sur ce sujet, le retour en France s’annonce comme libérateur, même si je vais avoir d’autres contraintes cette fois professionnelles !

Bien sûr comme je ne suis toujours pas une princesse canapé, j’ai continué le bénévolat, avec Casa Bénévolat et Al Ouafa.

Casa Bénévolat

Cette plateforme c’est mon bébé. Il n’y a pas un jour sans que je ne lui consacre du temps. Que j’accepte un membre sur le groupe Facebook, réponde à une question, reçoive un appel, travaille sur une association ou une mission, bref la plateforme fait partie de mon quotidien.

Certes la pandémie a impacté l’activité mais comme tout le monde, je me suis adaptée.

Dès ses débuts, cette plateforme a une utilité, pour Casablanca. Alors maintenant qu’elle commence à être connue et reconnue ! Cesser l’activité pour cause de retour en France ne me plaisait pas du tout.

J’ai donc cherché une ou plusieurs personnes susceptibles d’être intéressées. J’en ai parlé autour de moi, envisagé plusieurs personnes, expliqué à d’autres personnes etc. Et puis…

Parfois, il suffit d’une personne, la bonne personne. Et cela devient une évidence. Sylvie est cette évidence. Elle a déjà plein d’idées. Je la remercie du fond du cœur de poursuivre  Casa Bénévolat qui va grandir avec son expérience et son réseau.

Voilà quelques semaines qu’elle se forme et bien sûr, je vais poursuivre l’aventure Casa Bénévolat, juste d’un peu plus loin.

Al Ouafa

Depuis près de 2 ans, je suis bénévole dans un collège marocain, Al Ouafa, voisin du lycée de mes enfants. Les élèves sont issus de l’ancienne médina de Casablanca. J’ai commencé par participer au titre de Casa Bénévolat puis à titre personnel d’abord comme intervenante en langue française auprès des collégiens de dernière année lors d’une opération inédite et intense de deux semaines.

Puis, je me suis engagée de manière transversale. J’ai pris la responsabilité de la partie « contenu » de la future médiathèque de ce collège marocain.

En parallèle, des ateliers divers et variés et des cours de soutien animés par d’autres bénévoles, ont été mis en place dans le collège. Des travaux de rénovation ont également été menés sous l’égide de l’association Enfance Maghreb Avenir, EMA.

Ce projet solidaire compte un grand nombre d’intervenants. Cette émulation liée au travail en équipe, a contribué au succès du projet. Je n’ai de mon côté, jamais fait ce genre de choses. J’y ai pris beaucoup de plaisir.

Médiathèque

Nous avons établi une liste de livres adaptée au niveau de français des élèves et au goût des adolescents, avec l’aide de lycéens, dont Queen M, de professionnels et de personnes de bonne volonté . Puis, grâce à 2 professeurs documentalistes du lycée français, j’ai découvert le fonctionnement d’une bibliothèque, la mécanique du système de prêts des livres et ouvrages, le règlement intérieur, le logiciel utilisé etc. J’ai ensuite adapté le tout aux ressources et élèves du collège..

Ensuite, je suis même allée à la recherche de donateurs. Moi qui déteste par dessus tout, vendre, négocier et qui emmène mon époux pour discuter du prix d’un tapis ! Je suis allée à une foire aux livres à la recherche de livres traduits à la fois en français et en arabe et aussi d’éditeurs susceptibles de contribuer au projet. J’ai aussi démarché des librairies et des magasins de jeux pour présenter ma requête etc.

Nous avons tourné un clip, sous la direction de Queen M – l’option cinéma audiovisuel en pratique ! Pendant que  je donnais les instructions aux deux acteurs en herbe, la maman également très engagée sur le projet et la responsable du projet arrêtaient les véhicules pour nous permettre de filmer. Un moment de complicité et de rires sous le regard des passants !

Le clip est destiné aux élèves du lycée français afin de les inciter à donner des livres à leurs camarades du trottoir d’en face.

Las, le confinement a tout stoppé pendant plusieurs mois.

Ce n’est que fin 2020, que j’ai pu à nouveau remettre les pieds dans les locaux et que les travaux ont pu reprendre.

Inauguration

J’ai eu la chance d’être conviée le 13 avril 2021, à l’inauguration officielle du lieu par les autorités, dans le respect des règles sanitaires en vigueur.

Je ne suis pas très férue de ce type de rendez-vous. Mais celui-là a un goût particulier. D’autres bénévoles ont quitté le Maroc et n’ont pu voir la réalisation du projet. Ce jour-là j’étais un peu l’ambassadrice de toutes ces personnes. J’étais très émue, par les chants de ces collégiens, par ces témoignages d’élèves, ces professeurs venus me remercier. Au delà de moi, c’est tous les bénévoles qu’ils remerciaient.

Aussi, ce matin-là j’ai pensé très fort, à toutes les personnes absentes et c’est « voler de nuit » de Calogero que j’entendais dans ma tête. Cette chanson que nous avons tous chanté à la fin de la première quinzaine d’intervention dans le collège.

Les livres sont en place dans les étagères et enregistrés dans une base. Même Harry Potter en arabe, attend ses lecteurs.

J’ai achevé ma tâche. Je suis très fière d’avoir participé à mon échelle à cette aventure.

Le lieu est ouvert et fonctionne. Pour l’instant, les élèves de dernière année du collège y préparent l’examen de fin d’année de juin, l’équivalent du brevet des collèges.

Je passe pour installer les derniers livre et salue les bénévoles présents, prêts à accueillir les élèves pour le cours de soutien.

Je rattrape devant la porte deux élèves et leur suggère de venir voir, que nous sommes là pour les aider.

Un dernier au revoir aux différents gardiens devant le collège qui me connaissent et me font toujours bon accueil et je quitte les lieux.

J’emporte dans mon cœur plein d’images magnifiques, tout comme à l’orphelinat Lalla Hasnaa où j’ai été bénévole pendant deux années scolaires.

Et qui dit retour, dit « au revoir »!

Là aussi, j’ai commencé la tourné des « bye bye ». Comme cette fois, c’est moi qui part, cela m’est plus facile. Même si je n’ai pour l’instant aucune date de retour.

Et je dis « au revoir » et pas adieu. Qu’elles soient expat ou pas, ce n’est pas mon retour en France ni quelques kilomètres qui vont mettre fin aux amitiés sincères.

J’ai crée de nouveaux et beaux liens ici en quatre ans.

Je rentre riche de toutes ces formidables expériences et rencontres. Merci Maroc pour cette belle tranche de vie !